Réinventer le mentorat avec Catherine Légaré
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Réinventer le mentorat avec Catherine Légaré

Chaque premier jeudi du mois, les rendez-vous #lunchIS continuent de vous faire rencontrer des acteurs inspirants de l’innovation sociale. Notre cinquième invitée était Catherine Légaré, présidente et fondatrice d’Academos, dont la mission est d’accompagner les jeunes à trouver leur voie, grâce à sa plateforme de mentorat en ligne.

 

Catherine, comment est né le projet Academos dont vous êtes la fondatrice et présidente?

 

Academos est né pendant mon doctorat de Psychologie en éducation. Je voulais trouver un moyen d’aider les jeunes à donner du sens à ce qu’ils apprennent à l’école. Il est vrai qu’on y apprend toutes sortes de matières, mais on ne fait pas nécessairement le lien avec un métier concret que l’on pourrait souhaiter faire plus tard. En parallèle, j’utilisais beaucoup l’Internet et des outils comme le chat, les forums de discussion, les courriels afin de me connecter avec des gens qui pouvaient m’aider dans mon parcours académique, notamment avec des professeurs d’universités américaines qui étaient à l’époque les plus connectés. Les réponses que je recevais étaient très positives et encourageantes. J’ai donc voulu rendre ces échanges accessibles à d’autres jeunes pour les aider dans leurs parcours.

C’est pourquoi en 1999, nous avons créé une première plateforme. On y trouvait 70 mentors qui mettaient leur expertise au service de cégépiens. Les jeunes pouvaient ainsi entrer en contact avec une personne qui faisait un métier qui les intéressait et démarrer une relation de mentorat par Internet. Au départ, les mentors étaient majoritairement des retraités avec qui j’étais en contact car je leur enseignais comment utiliser l’Internet au Cégep Bois-de-Boulogne. Ils avaient envie de s’investir dans la communauté d’une manière différente et de réinvestir les bagages qu’ils avaient acquis pendant leur vie professionnelle.

À l’époque, il y avait encore beaucoup de défis avec Internet comme moyen de communication et ces méthodes n’étaient pas encore très répandues. Pour ma part, je me suis entre autres basée sur ce qui se faisait en psychologie, notamment dans les groupes d’entraide pour des gens atteints de maladies rares qui trouvaient là une opportunité d’échanger sur leurs expériences et de trouver du soutien. Academos s’est inscrit dans cette lignée.

En 15 ans, notre plateforme s’est agrandit. Nous travaillons actuellement avec plus de 21 000 jeunes et 2000 mentors qui viennent de partout dans le Québec. En parallèle, nous nous sommes rendus compte que les jeunes aimaient davantage discuter avec des personnes plus proches en âge et en terme d’expérience de vie. C’est pourquoi, l’âge de nos mentors s’est globalement rajeunit au fur et à mesure.

 

 

De quelle manière le mentorat offert à travers Academos a-t-il une approche d’innovation sociale ?

 

Il faut commencer par dire que le mentorat existe depuis toujours. On y faisait déjà référence dans la mythologie grecque. En effet, dans l’Odyssée lorsqu’Ulysse part en mer, il laisse son fils Télémaque entre les mains d’un mentor pour le guider. Le mentor incarne donc une personne qui a de l’expérience et qui peut ainsi orienter les plus novices.

À travers Academos, notre approche de mentorat est innovante car nous avons été les premiers au Canada à proposer un tel service en utilisant les technologies de l’information. Avec l’arrivée des réseaux sociaux, il y a eu beaucoup de changements. De nombreuses communautés virtuelles se sont créées sur Facebook et LinkedIn par exemple. Academos a donc suivi cette même route. En septembre 2014, nous avons lancé notre nouvelle plateforme dans le but de transformer Academos en un véritable réseau social dédié à l’orientation des jeunes.

Le mentorat reste au cœur de notre approche mais nous l’orientons davantage sur la base d’intérêts communs. Les jeunes peuvent ainsi plus facilement cibler ou découvrir des métiers qui les intéressent, entrer en contact avec des professionnels et discuter entre jeunes à travers des groupes d’intérêt.

Notre utilisation innovante des outils technologiques nous permet d’avoir une action beaucoup plus organique et basée sur l’accessibilité. Cela rend en effet notre service plus flexible et efficace, que ce soit pour les jeunes et les mentors. Pour les jeunes, cela permet de rejoindre l’ensemble des jeunes Québécois et de les mettre en contact avec des personnes et des organismes qui peuvent les intéresser et qui ne se trouvent pas forcément proches de chez eux. Pour les mentors, cela leur permet de remplir leur rôle de mentor à n’importe quel moment et à n’importe quel endroit, sur l’heure du lunch ou lors d’un trajet en autobus par exemple. Cette forme de bénévolat nouvelle génération devient alors compatible avec la vie professionnelle et familiale.

Nous innovons aussi par rapport à notre secteur d’activité, c’est-à-dire celui de l’éducation et de l’orientation. L’approche proposée dans notre secteur est généralement traditionnelle. Or, nous proposons une manière innovante de considérer l’orientation professionnelle et la persévérance scolaire qui parle davantage aux jeunes. Notre façon de communiquer avec les jeunes est différente. Plutôt que de présenter l’orientation comme une problématique, nous l’amenons comme une opportunité de se questionner positivement et de façon constructive avec des professionnels. Nous cherchons vraiment à faire ressortir le potentiel des jeunes et à les aider à se réaliser. Cela les responsabilise, les rend autonomes et à terme, cela les motive d’autant plus.

 

 

Auriez-vous des exemples concrets pour illustrer le mentorat sur votre plateforme ?

 

Avec Academos, le mentorat est une aide très personnalisée. Le mentor doit s’adapter aux besoins du jeune qui peut se trouver à une étape d’exploration, ou bien à un stade plus avancé de ses études. Le mentor vient informer, conseiller et inspirer le jeune en partageant son expérience personnelle et ses connaissances du milieu professionnel.

Les questions des jeunes sont très diverses. On part avec des questions de base, relatives aux études nécessaires ou au salaire espéré. Mais il y a aussi beaucoup de questions plus personnelles, par rapport à la réalité du métier. Pour donner un exemple concret, je pourrais prendre celui de mon conjoint qui a un profil assez atypique. Il est à la fois informaticien et écrivain et les jeunes le questionnent souvent sur la raison versus la passion. Pourquoi continuer à travailler en informatique alors qu’il aime l’écriture ? Comment concilier les deux ? L’expérience de mentorat a aussi été une occasion pour lui de se questionner par rapport à ses propres choix. C’est dans ces situations que l’on voit que le mentorat est une relation basée sur la réciprocité : certes le mentor donne mais il reçoit aussi.

Chez Academos, tout le monde peut devenir mentor et nous en cherchons dans tous les domaines. Nous les débusquons d’ailleurs par toutes sortes de moyens, entre autres à travers les réseaux sociaux, les partenariats avec des entreprises, le bouche-à-oreille.

 

 

Documentez-vous l’impact de votre action sur les jeunes ?

 

Nous avons une forte culture d’évaluation chez Academos, mais c’est un défi de tous les jours car cela demande des ressources financières importantes. Trois projets de recherche ont déjà été réalisés sur notre organisation, dont un qui présentait l’effet positif et catalyseur du mentorat sur la motivation des élèves ayant été accompagnés pendant l’année scolaire à travers Academos. L’ensemble des études réalisées est accessible sur notre site Internet.

Aujourd’hui, avec le lancement de notre nouvelle plateforme, notre objectif est d’évaluer les impacts de cette nouvelle formule. Nous voulons cibler les forces et les points à améliorer de notre modèle et surtout, à terme, nous souhaitons pouvoir le répliquer.

 

 

Une question pour conclure Catherine. Dans 10 ans, à quoi ressemblera Academos ?

 

Dans 10 ans, nous voulons qu’Academos soit utilisé partout dans le monde. Un tel service de mentorat en ligne basé sur les centres d’intérêts qui connecte les jeunes, les professionnels, les établissements d’enseignement, les entreprises et les associations n’existe encore nulle part ailleurs.

Nous commencerons certainement par nous implanter en Amérique du Nord et dans les pays francophones. Nous voulons également développer de nouveaux services pour accompagner les jeunes dans leur développement et leur projet professionnel.

Au delà de cela, nous avons plusieurs défis à relever pour que notre expansion se fasse au mieux. Nous avons notamment une responsabilité sociale envers les jeunes afin d’assurer leur confidentialité et leur sécurité. Nous suivons ainsi plusieurs règles, allant de la validation de nos mentors à la surveillance des échanges sur la plateforme.

 

Voilà tous les beaux défis qui nous attendent pour les 10 prochaines années.

 

0 Commentaires fermés sur Réinventer le mentorat avec Catherine Légaré 856 20 mai, 2015 Local MTL, Parcours mai 20, 2015

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