Innover entre rigueur et créativité avec Nadia Duguay
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Innover entre rigueur et créativité avec Nadia Duguay

Chaque premier jeudi du mois, les rendez-vous #lunchIS continuent de vous faire rencontrer des acteurs inspirants de l’innovation sociale. Notre quatrième invitée était Nadia Duguay, co-fondatrice d’Exeko, dont la mission est de favoriser, par l’innovation en culture et en éducation, l’inclusion et le développement des populations les plus marginalisées. Au programme de ce lunch : de l’innovation sociale entre rigueur et créativité.

 

Nadia, comment est né le projet Exeko co-fondé en 2006 avec François-Xavier Michaux ?

Ce projet est né à la fois d’une indignation, d’une forte volonté de trouver un modèle qui ne nous semblait pas présent, ou du moins dont nous n’avions pas conscience. Exeko est aussi venu d’une énergie qui nous a donné le goût de l’aventure. Nous avions envie de cuisiner, de mélanger les choses, de tisser des liens entre les projets terrain, les humains et les impacts.

Nos sources d’inspiration ont été et restent très diverses, comme certains partis politiques sensibles et engagés ou encore certains artistes. Le réseau Ashoka nous inspire également énormément, d’autant plus que nous en faisons partie.

 

Exeko a trois projets principaux : TricksterIdActionIdAction Mobile. En quoi votre approche et ces trois projets sont-ils innovants socialement ?

Je commencerais par revenir sur notre vision de l’innovation sociale. Elle passe par 6 points fondamentaux : 1) l’idée de l’intersectorialité, 2) l’idée d’être tourné vers la durabilité de l’action, 3) une profonde volonté d’expérimentation, 4) l’acceptation de l’idée du leadership, qu’il soit individuel ou collectif, 5) une vision systémique et 6) une forme et des moyens diversifiés.

Cette vision de l’innovation sociale permet de comprendre notre perspective sur chacune de nos initiatives. Tout ce que nous faisons s’inscrit dans cette philosophie. La vision systémique est très importante car elle nous permet de comprendre que nous avons besoin des autres, de travailler de façon complémentaire et parfois qu’il est nécessaire de changer de direction.

Aujourd’hui, nous nous alignons vers des projets parapluie, des sortes de pôles de projets qui reflètent bien cette vision systémique de l’innovation sociale : nous ne réfléchissons pas en terme de projets mais bien en tentant de comprendre le mécanisme qui les relie tous entre eux.

Nous sommes d’ailleurs en pleine élaboration d’un nouveau pôle qui s’appellera le Hub Exeko et s’inscrira dans une démarche de déploiement de la pratique de la médiation intellectuelle et ce, par la recherche, avec les communautés de pratiques et d’intérêts et des projets de transferts académiques. Cette idée de hub est envisagée comme un laboratoire, une expérimentation issue elle-même d’un processus de co-design qui s’est déroulé sur 4 mois et qui a débouché sur 9 modèles différents pour arriver au modèle de déploiement choisi.

 

Tu as abordé la médiation intellectuelle, une approche inventée par Exeko. Comment envisages-tu la propriété de cette nouvelle idée ou de toute nouvelle approche en général ?

Voir quelqu’un faire la même chose que toi, l’appeler de la même manière, ça me pousse personnellement à vouloir faire mieux. C’est ce que je ressentais quand je faisais de la création artistique, comme un sentiment de copier et d’améliorer. C’est comme ça que l’être humain apprend et crée.

Il y a aussi un équilibre à trouver entre le partage ouvert d’une idée et le respect d’une idée, c’est-à-dire respecter son origine, son identité, sa signature. Ça ne veut pas dire pour autant que tu es propriétaire d’une idée.

Avec l’exemple de la médiation intellectuelle, nous réfléchissons actuellement à comment enregistrer cette approche inventée par Exeko, non pas pour empêcher les gens de l’utiliser mais pour faire perdurer la nature de cette idée ainsi que l’éthique derrière cette idée. Ce que nous voulons éviter, c’est qu’elle perde son sens si elle est reprise par d’autres acteurs qui l’utilisent à mauvais escient.

Au niveau légal, on enregistre donc une idée pour mieux la propager. Au niveau philosophique, la propriété d’une idée ne fait pas de sens, car on s’inspire des autres pour créer une idée – c’est un processus collectif. Il ne faut cependant pas être naïf et laisser son idée en libre-service. Il s’agit donc de se situer entre les deux, entre rigueur et créativité.

 

Comment le modèle d’innovation sociale développé à Exeko peut inspirer les autres acteurs du milieu, voire d’autres secteurs ?

En réalité, ce n’est pas unidirectionnel. Ce que nous cherchons par dessus tout, c’est de faire partie d’une communauté qui s’inspire et se critique l’un l’autre, d’un véritable écosystème.

Notre modèle évolue et se renouvelle à chaque année. Nous cherchons activement celui qui sera le mieux. C’est à travers ce processus de recherche constante que nous arrivons à des actions plus cohérentes. Ceci dit, nous ne cherchons pas à trouver un modèle défini, mais simplement à trouver de nouveaux modèles co-inspirés qui seront les bases d’expérimentation de notre travail. Notre organisation évolue constamment, toujours sur ce mince équilibre entre rigueur et créativité.

D’autant plus que notre écosystème lui-même est en perpétuelle évolution. Notre réseau de partenaires a été bien plus important que prévu dans notre démarche. C’est absolument merveilleux. Mais cette co-inspiration et co-critique apporte aussi de nombreuses questions autour de la croissance et de l’identité de notre organisation : Comment faire ne pas se dénaturer ? Nous voulons tout de même garder une texture hautement humaine et bouillonnante de créativité.

 

Comment faites-vous pour mesurer l’impact social de vos activités ?

Concrètement, on a fait une première démarche il y a 3 ans, où l’on a procédé par la théorie du changement (TOC), ce qui nous a permis de cibler des indicateurs, et à partir de là, de déterminer une douzaine d’outils d’évaluation, que l’on a même réussi à rendre agréables.

Mais selon moi, il faut d’abord réfléchir à la question de l’évaluation de l’impact en tant que telle. Elle ne peut pas être fixée dans le temps. La réponse à l’évaluation de l’impact n’est jamais suffisante en soi.

Et si je vais plus loin, l’évaluation d’impact telle que nous la pratiquons aujourd’hui ne correspond pas à une priorité pour nous. Ce que nous évaluons pour le moment découle des demandes externes. Ce qui compte pour nous en tant qu’organisation, c’est de construire un monde réfléchi, critique et créatif. Et ça, pour l’évaluer, c’est une autre histoire ! Nous sommes justement dans cette phase de réflexion pour évaluer le véritable changement auquel nous souhaitons participer par nos pratiques et approches.

 

Puisqu’on parle de changement, pour finir Nadia, à quoi ressemblera Exeko dans 10 ans ?

J’aime cette question. J’espère vraiment qu’on aura un lieu. Ce lieu Exeko ressemblerait à un institut des égalités, un endroit consacré à la recherche-action sur les égalités sociales.

On se penche aussi sur l’idée d’une École des métiers de l’égalité, nom proposé par Francois-Xavier. Beaucoup de projets, mais ce n’est pas tout. En parallèle, nous aimerions mettre en place ou collaborer à mettre en place une résidence pour les personnes en situation d’itinérance. Cet espace serait construit avec ces personnes et non pas pour elles.

Enfin, nous attachons un point d’honneur sur le partage d’outils de médiation intellectuelle.

Pour ma part, il s’agirait aussi de me détacher de ce qu’on fait pour peut-être aller vers la recherche et aller en tout cas au-delà du fameux syndrome du fondateur. Les projets d’Exeko sont mes bébés, mais ils sont aujourd’hui des bébés bien partagés et avec beaucoup de personnes.

Et si j’avais un souhait et mot de la fin, ce serait que nous ayons dans 10 ans une politique de l’innovation sociale au Québec.

0 1 536 08 avril, 2015 Local MTL, Parcours avril 8, 2015

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