Démocratiser la démocratie

Démocratiser la démocratie

Selon une étude[1] de l’Institut du Nouveau Monde, on observe une diminution constante et significative du taux de participation électorale des jeunes Canadiens. Ce taux est passé de 70% dans les années 1960 à 34% en 2004.

 

Parmi les déterminants de la non-participation aux élections, les jeunes évoquent le cynisme – notamment le fait de n’aimer aucun des enjeux électoraux et aucun des partis politiques ou le manque de confiance envers ceux-ci. Selon Luc Rabouin, auteur de Démocratiser la ville aux éditions Lux,  « ce système de démocratie représentative est un échec, car il n’arrive pas à répondre de manière adéquate aux enjeux des sociétés d’aujourd’hui »[2].

 

Comment redonner confiance envers la politique ? La réponse pourrait se trouver en partie du côté de la démocratie représentative, c’est-à-dire la création d’espaces publics où les élus, les citoyens et les experts discutent et co-décident des affaires de la communauté.

Le budget participatif (BP) est un exemple de dispositif de démocratie participative qui permet de réinventer la démocratie de manière pragmatique. Il permet d’élargir et d’approfondir la participation des citoyens à l’affectation des ressources publiques. Selon le comité Habitat des Nations Unies, BP apparaît comme un important outil de démocratisation des villes[3].

Les bénéfices du BP ont été démontrés. Le BP est un facteur de responsabilité des pouvoirs publics vis-à-vis des citoyens et contribue à la modernisation de la gouvernance urbaine. Au Brésil, on dit que le BP a permis « d’inverser les priorités » en attribuant les fonds publics aux besoins les plus criants pour la population.

Mis en pratique pour la première fois dans quelques villes brésiliennes en 1989, en particulier à Porto Alegre, le BP s’est répondu à travers le monde à partir des années 2000. À ce jour, plus de 1000 villes l’ont déjà expérimenté.

 

Qu’en est-il au Québec ? La première expérience de BP au Québec a été réalisée dans l’arrondissement du Plateau Mont-Royal en avril 2006. Les citoyens ont été invités à discuter de projets concrets d’investissement (ex. : aménagement de parcs, amélioration des infrastructures) pour une enveloppe budgétaire totale de 1,5 million de dollars, soit le tiers du budget d’investissement. Depuis, d’autres réalisations ont eu lieu. Notamment dans l’arrondissement du Sud-Ouest et dans la ville de Saint-Basile-le-Grand.

Si ces expériences québécoises présentent de nombreux défis comme la représentation de tous les groupes sociaux, elles démontrent une solution viable pour combler une partie des lacunes de la démocratie représentative.

Avec « Je vois MTL » , l’administration de la ville de Montréal montre un désir de faire participer davantage les citoyens. La mise en place d’un budget participatif semble une avenue intéressante pour transformer ce processus consultatif en un processus décisionnel. Nos élus sont-ils prêts à faire le saut ?

 

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[1] http://www.electionsquebec.qc.ca/documents/pdf/DGE-6438.pdf

[2] Rabouin, L. (2009). Démocratiser la ville: le Budget participatif: de Porto Alegre à Montréal. Lux.

[3] Global Campaign on Urban Governance. (2004). 72 frequently asked questions about participatory budgeting. UN-HABITAT.

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Cet article a été rédigé par Julien Hivon :

Installé au Québec depuis environ 5 ans, Julien profite de la belle énergie montréalaise pour développer de nouvelles initiatives citoyennes. En ce moment, il s’occupe du service de partage d’objets Pumpipumpe MTL, rédige des chroniques littéraires sur la Recrue du Mois et s’implique activement pour l’embellissement de la ruelle SOL.

 

 

0 0 371 01 juillet, 2015 Local MTL, Niouz & Enjeux juillet 1, 2015

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